Petite histoire de la Réunion

Les premiers furent amenés de force. Mais au moment de les récupérer quatre ans plus tard, ils ne voulaient plus repartir ! Fruits délicieux, décorations de table en feuilles de bananiers, cavernes avec vue sur merPoissons à profusion dans le lagon, dodos sur le grill, même si ce n’était pas le Club-Med, ça y ressemblait un peu ! Une terre vierge où tout semble pousser en beau et grand, ça donne des idées. Pas de travail pour les missionnaires: il n’y a pas de méchants sauvages ! Le premier novembre 1663, Louis Payen, son copain Pierre Pau, et une dizaine de malgaches (dont seulement trois femmes) s’installent sur ce petit bout de terre perdu au beau milieu de l’Océan Indien. La colonisation est en marche ! Ils ne resteront pas seuls bien longtemps, d’autres arrivent et rapidement, il faut construire, planter, et gagner sa vie. Cependant, le climat ne pousse pas au travail, et la question de la main-d’œuvre se pose très rapidement.

Le pôle emploi n’existait pas encore à l’époque mais la solution était déjà toute trouvée : les esclaves !

Tout est possible : pas de ministère de l’immigration, pas de code du travail. Il ne s’agit pas de travail au noir, mais de commerce et d’exploitation de ressources ! Ressources d’Afrique, de Madagascar et plus tard des Indes. On est parti les chercher, ils sont tous là. Et l’économie peut se développer.

La distribution est assurée par « La Compagnie des Indes Orientales ». Elle achète les productions agricoles au prix minimal et revend aux colons des produits manufacturés « made in France » avec des bénéfices énormes. Déjà à l’époque une question de frais de transport ! Elle peut faire encore mieux : à Versailles comme à Paris et dans toute la France, le café est à la mode, alors autant le produire soi-même. En avant la diversification ! La Compagnie, en charge de la commercialisation avance les fonds, fournit les esclaves, et oblige les colons à planter et cultiver les plants de « Bourbon Pointu ». Carton plein… Au moins pendant quelques années.

Concurrence des Antilles, problèmes de transport, irritation des colons mécontents du misérable prix d’achat de leur production, catastrophes naturelles, invasion de pucerons destructeurs de récoltes, la bonne idée commence à prendre l’eau…

Des cyclones particulièrement ravageurs vont y mettre un point final. Il faudra trouver autre chose… d’autant plus que les structures d’accueil maritime, d’entrepôt et d’organisation administrative ont déjà été mises en place. Pendant ce temps, la population de l’île s’est agrandie. La campagne est accueillante, la nuit tombe tôt, télévision et internet ne sont pas encore implantés. À la fin du 18ème siècle, on compte presque 100 000 habitants, dont les deux tiers sont… des esclaves.

AU 19ème, LA CULTURE DE LA CANNE À SUCRE VA ÊTRE DÉVELOPPÉE, EN QUASI MONOCULTURE. LES GROSSES EXPLOITATIONS S’ORGANISENT ET LES PETITES DISPARAISSENT. DU COUP, LES PETITS BLANCS, DÉSHÉRITÉS ET SANS REVENUS, VONT S’INSTALLER DANS LES HAUTS.

La période n’est pas facile. Les esclaves commencent à se la ramener. Pire, ils s’échappent et vont se réfugier dans les cirques, pratiquement inaccessibles. Les chasseurs de prime font leur boulot. Les fugitifs rattrapés sont marqués au fer rouge et ont les oreilles coupées. En cas de récidive, ce sera un jarret de moins et une nouvelle marque… Les exécutions publiques sont exemplaires, mais l’époque est en train de changer.

Tout fout le camp. Pas contents, les « gros blancs ! » Du coup, ils recrutent plus de 100 000 « engagés indiens ». Sauf qu’il faut les payer. Pas cher, mais bon… à ce rythme là, un jour il faudra même donner un salaire minimum et des vacances aux frais des employeurs ! Loi des séries ou pas, toujours est-il qu’une nouvelle concurrence, celle du sucre de betterave, fait chuter les prix. Puis c’est l’ouverture du canal de Suez, un énorme cyclone ravage les champs, la maladie de la canne s’abat sur les plantations et pour finir, paludisme et choléra déciment la main d’œuvre…

Au début du 20ème siècle, la « Vanille Bourbon » est reconnue pour sa qualité et les essences (géranium, vétiver) semblent pouvoir relancer l’économie. Les temps ne sont plus à la production agricole comme seule ressource. Les guerres n’arrangeront rien. Depuis le 13 Mars 1946, l’île de la Réunion est officiellement un département français et une nouvelle ère a commencé. L’arrivée des fonctionnaires métropolitains a étendu le terme de « zoreils » et l’administration, lentement, mais sûrement, accumule les interdits civilisés…

2ème millénaire et tout va bien grâce à l’argent injecté. Avec le chômage, le travail n’a pas des allures d’obligation et on préfère se faire un petit supplément « au black ». Car dans les magasins les produits restent toujours plus chers qu’ailleurs. Le monde politique a pris le vrai pouvoir et la population continue à augmenter malgré la parabole. L’île en a vu d’autres. Les fruits ont toujours un goût de gourmandise, et Saint Expédit, à l’écart des modes, est toujours disponible pour aider la population. Dans les rues et sur les chemins, les sourires se mélangent aux couleurs de peau. Fidèle au poste, le volcan quant à lui continue de péter.

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