10 personnes positives à la Réunion

Personnalités médiatiques, artistes, ou citoyens plus discrets, ces Réunionnais et Réunionnaises ont, chacun à leur façon, fait du bien à La Réunion. Zoom sur 10 personnes qui mettent leur île “en l’air”.

Olivier Araste : 

“Quand tu sais d’où tu viens, tu sais où tu vas”. C’est la devise de Lindigo, un groupe réunionnais emmené par Olivier Araste. Fondé en 1999, alors qu’Olivier Araste n’a que 16 ans, Lindigo explore les racines malgaches du maloya, cette musique héritée des esclaves, et interdite jusqu’à 1981. Avec ses textes qui mélangent créole et malgache, le chanteur livre une musique moderne et envoûtante. Si vous ne le connaissez pas encore, allez écouter, ou mieux encore, essayez de les voir en concert : leur énergie sur scène est communicative. Olivier Araste, qui aime rappeler qu’il a grandi dans les champs de canne de Bras-Panon, ose les collaborations audacieuses, et permet ainsi à la musique réunionnaise de traverser les frontières. En 2015, Lindigo s’associe ainsi au duo de Skip&Die, pour le titre “Maloya Magic”, un cocktail de sonorités africaines et de musique électro. Deux ans plus tard, les membres du groupe profitent d’un séjour à Cuba pour enregistrer trois titres de leur album avec les Munequitos de Matanzas. L’un des titres de cet album s’est même retrouvé au générique de la comédie “Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu”.

Aude Palant-Vergoz :

Si vous allumez la radio ou la télévision à La Réunion, il y a de fortes chances que vous finissiez par tomber sur une émission où Aude Palant-Vergoz dispense ses conseils aux consommateurs réunionnais. Professeur puis principale de collège, “Madame Aude” devient présidente de l’Union des consommateurs de la Réunion en 1978. Elle se fait notamment connaître au début des années 80 en faisant condamner des escrocs qui vendaient des draps mortuaires soi-disant bénis par le Pape. Avec sa voix rocailleuse et son franc parler, elle devient rapidement un personnage incontournable (parfois incontrôlable…) et elle est même décorée de la médaille d’officier de la Légion d’honneur. Sur les ondes, elle a réponse à tout. Une embrouille avec votre voisin ? Votre propriétaire refuse de faire des travaux dans votre appartement ? Votre beau-frère lorgne-t-il sur votre héritage ? Madame Aude a sans doute une solution pour vous ! Il y a de fortes chances que sa réponse se termine par le célèbre “envoyez un courrier avec accusé de réception” !

Philippe Morel :

Sur son exploitation, dans les hauts de Sainte-Anne, Philippe Morel œuvre à sa façon pour la préservation d’un art de vivre à la créole. Cet agriculteur, passionné de trail, fait partie des membres fondateurs de l’Association pour la Valorisation et la Préservation du Patrimoine des Hauts de Sainte Marguerite. Chez M. Morel, pas de grands discours. Ce passionné accueille les visiteurs sur son exploitation pour leur faire (re)découvrir La Réunion 100% authentique. Une version sans chichis, avec un “boucan” où fument les saucisses et le boucané (la version locale de la poitrine fumée), un parc cochon dans la cour, ou encore un “riz chauffé”, dégusté avec la main, dans une feuille banane. La Réunion de M. Morel se déguste plus qu’elle se visite.

Marie-Alice Sinaman

Humoriste le soir, employée chez EDF au Port le jour : depuis près de 30 ans, Marie-Alice Sinaman mène une double vie. Célibataire un brin maniaque dans “Ze Tantines” ou encore rédactrice en cheffe dans “Grande,mince, cheveux droite”, la Réunionnaise se retrouve même à l’affiche des Folies Bergères, à Paris. Pour autant, elle ne compte pas quitter son travail chez EDF, parce qu’il lui permet de rester en prise avec la réalité et que les scènes de la vie quotidienne continuent de l’inspirer. Sa notoriété, Marie-Alice Sinaman s’en sert plutôt pour soutenir de nombreuses causes, dont celle des femmes atteintes d’endométriose, une maladie qui touche 10% des Réunionnaises en âge de procréer. Alors que la scène locale est largement dominée par les hommes, la Portoise est parvenue à s’imposer parmi les humoristes préférés des Réunionnais, aux côtés de Thierry Jardinot ou encore de Didier Mangaye.

Daniel Honoré :

A La Réunion, quand on parle des personnages comme Daniel Honoré, c’est le terme “zarboutan” qui revient. Ce mot désigne une pièce maîtresse dans une construction. Par extension, en créole, il sert souvent à désigner des “piliers” de la culture réunionnaise. Daniel Honoré, connu pour être un fervent défenseur de la langue créole, est de ceux-là. Ainsi, c’est à ce fils d’un commerçant chinois, originaire de Canton, et d’une créole, descendante d’esclave, qu’on doit le premier roman entièrement écrit en créoleLui Redona, in fonksioner – en 1980. Le professeur de lettres et d’anglais s’est investi pour recueillir et transmettre les légendes, contes et proverbes créoles. Il a notamment participé aux réflexions sur la langue créole et sa graphie, et a également publié un dictionnaire créole. Après son décès, en 2018, ses nombreux ouvrages demeurent des contributions majeures au patrimoine immatériel de l’île.

Sébastien Nativel :

On le croirait tout droit sorti de Top Gun. C’est vrai que Sébastien Nativel – alias Babouc – a la panoplie complète du pilote de chasse: combinaison, lunettes de soleil aviateur et sourire ultra-bright. Le Tamponnais a quitté l’île à 18 ans pour réaliser son rêve : devenir pilote de chasse. Et Babouc a réussi son pari, puisqu’il est capitaine dans l’armée de l’air et pilote démonstrateur officiel du Rafale, pour la période 2018-2020. Début 2019, Sébastien Nativel a ainsi pu survoler l’île en Rafale pour la première fois, offrant un spectacle exceptionnel aux Réunionnais. Avec un objectif affiché : susciter des vocations. À ceux qui croient que devenir pilote est impossible, il rappelle souvent qu’avant d’intégrer sa formation de pilote, il n’avait “que” le bac !

Edmond Albius

L’histoire d’Edmond Albius, c’est celle d’un esclave de 12 ans, originaire de Sainte-Suzanne, qui va révolutionner la culture de la vanille. Orphelin, Edmond (qui prendra le nom d’Albius lors de son affranchissement en 1848) est initié à l’horticulture et à la botanique par son maître, Monsieur Féréol Bellier Beaumont. Une première fécondation artificielle de la vanille avait été réussie par Charles Morren en 1836. Mais Edmond Albius découvre en 1841 le procédé pratique de pollinisation. Néanmoins, du fait de son âge et de son statut d’esclave, la paternité de cette technique lui sera plusieurs fois contestée. Devenu libre, après l’abolition de l’esclavage, il ne tire aucun bénéfice de sa découverte et meurt dans la misère en 1880.

Les facteurs de Mafate :

Ils s’appellent Ivrin Pausé, Angélo Thiburce ou encore Cyril Maillot. Leur point commun : tous ont arpenté les sentiers du cirque de Mafate, pour distribuer le courrier des habitants des ilets isolés. Entre les premières tournées, effectuées par Henri Pausé, peu avant la deuxième guerre mondiale, et celles de Laurent Bériou, qui documente ses journées sur son profil Instagram (@laurenttb_run), de l’eau a coulé sous les ponts. Même si aujourd’hui l’hélicoptère allège les tournées, en acheminant le courrier jusqu’à Mafate, la distribution, elle, se fait toujours à pied. Ainsi, ces facteurs de l’extrême peuvent marcher jusqu’à 30 km par jour, avec 10 à 15 kilos de courrier sur le dos. Dans l’imaginaire créole, le facteur de Mafate reste un personnage mythique. Le plus connu d’entre eux, Ivrin Pausé, décédé en août 2019, a d’ailleurs une statue dans le cirque, hommage aux quelques 250 000 kilomètres qu’il a parcouru…soit six fois le tour de la terre, sans quitter Mafate !

MGR Aubry

Monseigneur Gilbert Aubry est né le 10 mai 1942 dans le “Far West” de notre île. Licencié en philosophie et en théologie, il est ordonné prêtre en 1970 et est devenu en 1976 le plus jeune évêque français. Il est aussi le premier évêque réunionnais issu du clergé local. Figure incontournable de la Réunion, il est “la” star locale. Qui ne le connaît pas ? Il fut bercé dans son enfance par la côte ouest qu’il désigne comme son lieu d’enracinement, un des lieux de sa source d’inspiration. Cette côte hospitalière à Monseigneur un lieu à la fois historique et familial : le cimetière marin de Saint-Paul. Il s’y recueille souvent pour se ressourcer en compagnie de Leconte de Lisle, d’Eugène Dayot et de Dieu qu’il considère comme le grand poète. À son image, il devient poète à son tour et écrit de nombreuses œuvres. Mais il ne s’arrête pas là , il nous chante “Rouv le Zyeux” : inspiré d’un dialogue avec Jean Paul II lors de son voyage dans notre département en 1989. En 2014 notre évêque dans le vent tente une nouvelle expérience : le slam, à l’occasion de la canonisation Saint Jean Paul II la même année. L’âme rêveuse et compatriote, il prône la diversité de notre île et s’autorise même un “pote” particulier, le diablotin de Pardon !

Sudel Fuma :

Sudel Fuma est né à Saint-Pierre le 15 avril 1952. Grand historien français, il travailla sur l’histoire de la Réunion, surtout sur l’esclavage. En 2011 Il a notamment participé à l’authentification d’un cimetière d’esclaves à Saint Paul. Un site archéologique mis en exergue par le passage du cyclone Gamède de 2007. Sudel Fuma en plus d’être un historien était aussi un athlète. Il a d’ailleurs participé aux jeux des Îles en 1979, en courant le 800 mètres et le 3000 mètres de sauts d’obstacles. Il devient par la suite le président de la Ligue réunionnaise d’athlétisme durant de longues années. Il pratiquait de nombreux arts martiaux et a participé à la renaissance du Moringue à la Réunion. Sudel Fuma était également un homme politique. En 1989, Il est devenu conseiller municipal de Saint-Denis. Deux ans plus tard il est nommé adjoint au maire de Saint Denis, chargé des affaires culturelles et sportives, mais également conseiller général de La Réunion. C’est en 1979 que Sudel Fuma commença sa carrière de professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de la Réunion. En 2004, il reçoit le titre de professeur des universités en Histoire contemporaine. Il devint directeur de la chaire de l’UNESCO de l’Université de la Réunion et de vice-doyen chargé de la recherche et des relations internationales en 2005. Avec ses titres il participa activement à des recherches sur l’histoire de l’esclavage dans tout l’Océan Indien, surtout la zone Sud-ouest regroupant 5 îles Madagascar, Mayotte, La Réunion, Maurice et Rodrigues. Il était également président de l’association Historun pour la promotion du patrimoine historique et culturel de La Réunion et de l’océan indien. Il a énormément écrit sur l’identité réunionnaise durant toute sa vie. Sa carrière aura alors durée plus de 35 ans jusqu’à ce jour funeste où il perdit la vie. Le bateau sur lequel il naviguait a chaviré dans l’embouchure de Saint-Paul. Sudel Fuma s’éteint ainsi à l’âge de 62 ans le 12 juillet 2014 par noyade. Cette date marquera à jamais l’histoire de la Réunion.

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